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Vestiges - Cendres la Rouge


Public :

Thème scientifique : Origine et Evolution du vivant

Forme artistique : Théatre d’objets, Marionnettes

Durée : 55mn

Mots-clés : squelette, paléontologie

« Nous sommes tous nés de l’agonie d’une étoile. » Armand Gatti

Dans un laboratoire de paléontologie, Martha s’affaire à analyser des petits squelettes découverts récemment. Comme ils échappent à toute nomenclature connue, elle essaie de percer le mystère de leur origine , de leur vie. Cette tache coïncide avec des événements curieux : chute récurrente de terre dans le laboratoire, perturbation du temps. L’activité de Martha l’amène à faire revivre un monde disparu via les squelettes qu’elle étudie. Ce qu’elle imagine prend corps, elle entre dans un monde fantasmatique et hallucinatoire ou elle rencontre un petit squelette qui devient son guide. Tour à tour malmenée, effrayée, émerveillée, se dévoile au cours de son périple une part d’elle même qu’elle ignorait. Quand elle retourne à son travail, apparemment rien n’a changé. Apparemment.

« L’imagination est le plus grand don que l’humanité ait en sa possession, c’est l’imagination qui a rendu l’homme plus humain et non le travail. Imagination-Imagination –Imagination ! Jan Svankmajer

Vestiges, un conte philosophique muet, une apologie de l’imagination comme moyen d’appréhender la réalité. Entre le rêve et la réalité il n’y a qu’un infime mouvement physique, celui de fermer et d’ouvrir les paupières. C’est dans ce battement que s’installe le mouvement du spectacle et sa subversion, l’imagination proclamant le possible contre la réalité (Jan Svankmajer) en ouvrant une porte sur le monde de l’inexplicable. Aucune initiation Martha n’y découvre que ce qu’elle connaissait déjà sans le savoir. Il s’agit plutôt d’un effet de révélation que d’apprentissage. En laissant libre cours à son imagination elle s’enrichit d’une part d’elle même. Comme nous elle est aussi le fruit de ses rêves.

Vestiges, une proposition visuelle, poétique, étrange à la lisière du réel et de l’onirique entrainée par la poésie des os en mouvement qui dessinent un univers fantastique. Un monde rêvé ou se jouent et se déjouent les pulsions de vie et de mort et qui s’accorde de relier dans un même mouvement l’animé et l’inanimé, le réel et l’imaginaire, l’animus à l’anima à l’encontre du morcellement et de l’aliénation de nos vies.

A quoi rêvent les archéologues ?

Il n’est pas innocent que les enfants voient des dinosaures dans les squelettes de la compagnie. Si ce petit peuple d’os évoque bien sur les pensionnaires du muséum d’histoire naturel par leur aspect et leur mise en scène, il n’en demeure pas moins que ce qui fait beaucoup dans le mystère et les fantasmes qui entourent les géants du jurassique, c’est leur disparition. Obscurs et magnifiques ancêtres, nous les aimons d’autant plus que nous n’aurions pu coexister. Autrement dit, ils sont bien là où ils sont, c’est-à-dire dans la mort.

Il est des cadres où l’on peut à loisir regarder la mort en face, franchement ou de manière innocente, sans même y penser, absorbé par la beauté du vivant comme elle s’incarne dans la plastique sculpturale des squelettes, dans leurs mouvements simples et naturels.

Il n’y a pas de dinosaure dans Vestiges, mais le vertige des origines renvoie au rôle de la mort dans le cycle de la vie. Mort des êtres, des idées, des souvenirs, des sociétés et des civilisations.

 De l’automate à la marionnette

Les créations de Cendres la Rouge, réunies sous le titre générique de l’Ossuaire dégingandé, mettent en scène des personnages-automates. Créés par Alain Terlutte, ces automates et marionnettes sont la base même de l’écriture des spectacles. À partir du même matériau, l’os, le squelette, Cendres la Rouge expérimente des formes toujours différentes.

Dans Vestiges, c’est la marionnette qui est au cœur de nos préoccupations. La souplesse du personnage-automate a fait naître une certaine frustration : il peut potentiellement faire de nombreux mouvements et, sous son moteur, il n’en répétera inlassablement qu’un seul. L’évolution tendait vers une autonomie de ces personnages-automates, dans deux directions : ils veulent se mettre au service d’une narration et ils veulent quitter leur support. Pour ouvrir ces horizons, il fallait un marionnettiste.

Une autre facette de l’évolution du travail concerne le rapport à l’être vivant. La comédienne, qui dans la précédente création était passeur vers un autre monde, devient complice dans Vestiges. Là où deux mondes se juxtaposaient, ici ils se fondent. Ce n’est plus le monde des humains qui regarde l’autre et qui lui applique un discours. C’est la frontière entre l’un et l’autre, entre la réalité et le songe, qui devient floue.

La Scénographie

En avant-scène, une longue table, une paillasse, qui court et se perd en coulisses. Elle est en partie recouverte d’une matière sombre, une terre très fine et brune. Quelques outils, des petits portiques où sont attachés de petits sacs plastiques, au contenu indécelable tant il est mêlé à cette même terre brune.

Derrière la table, un espace vacant où sont disséminés quelques socles. Et en fond de scène, une grande armoire qui va du sol au plafond et qui, comme la table, va se perdre en coulisses. Véritable mur composé de tiroirs tous identiques, que l’on imagine remplis de choses bien rangées, répertoriées et étiquetées.

La matière métal du mobilier, clinique, contraste avec la terre brune omniprésente, organique.

C’est de toute évidence un espace de travail, un laboratoire, un lieu de recherche qui témoigne d’un archivage précis et précieux, un travail minutieux. Et qui se révélera, au fil du spectacle, être aussi le lieu d’un autre monde.

Dernière mise à jour le 6 mars 2015